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CAN 2024 : Entre la joie de la “montée du football africain” et l’évidence qu’il ne s’agit que d’une “qualité importée”

Rideau tombé sur la Coupe d’Afrique des Nations 2024 ( CAN).  La Côte d’Ivoire, pays organisateur, est sacrée championne au terme d’une finale disputée avec les aigles du Nigéria le dimanche 11 janvier 2024.

Pas besoin de revenir sur le déroulement de cette CAN. Ce fut une CAN de vives émotions. Émotions surtout sur la pelouse où les  jeunes joeurs ont présenté un football de qualité XXL. Rien à envier à la Coupe d’Europe ou encore à la Coupe d’Amérique.

Nombreux sont des Africains qui l’ont remarqué. Sur les grands plateaux télé, des analystes sportifs étaient unanimes : “La qualité du foot africain a beaucoup grimpé”. Du moins à l’aune des structures de jeux présentées durant cette CAN.

Par exemple, sur le terrain, il était difficile de distinguer, sur le plan tactique et autres qualités de jeux, les équipes comme la RDC, les Guinées, le Cap vert et la Côte d’Ivoire, des équipes les plus cotées dans le classement FIFA comme le Maroc, l’Egypte et le Sénégal. Pour preuve, ces dernières sélections ont été éliminées par les outsiders.

Après avoir loué ce qu’on peut qualifier de “montée apparente” du football africain, place à l’examen de près. Les Africains doivent-ils vraiment se réjouir de cette sorte d’embellie du football africain ? La réponse est à la fois oui et non.

Pourquoi oui ? Nous estimons que c’est une véritable fierté pour les Africains que de voir leurs concitoyens les rendre heureux en présentant un football d’une qualité supérieure à la moyenne. Motif légitime de joie car il s’agit bel et bien de leurs frères qui ont du sang africain en eux.

Pourquoi non ?  Nous estimons que les africains ne doivent pas beaucoup se réjouir de cette “montée”, car il ne s’agit que “d’une qualité importée”. Environ 70% de joueurs qui ont mouillé les maillots durant cette CAN jouent en occident.

Nous sommes mêmes tentés  d’admettre que plus de la moitié de ces 70% est constituée des joeurs qui sont nés hors du continent africain. Ils ont donc appris à courir en culotte sous les tropiques occidentales. Moralité, loin d’être le véritable visage du football africain, la qualitée affichée est plutôt le reflet de la chaleur de leurs championnats respectifs.

C’est pour dire qu’une fois rentrés dans leurs clubs habituels en Occident, ces joueurs ramènent leur savoir-faire. Entre temps, les championnats africains, eux, restent ce qu’ils sont : Faible financement, vision écourtée, niveau de football bas, infrastructures sportives vétustes ou inexistantes.

On assiste encore en Afrique à des championnats qui commencent mais ne finissent pas.À ces problèmes s’ajoute celui de la carence des écoles de football accessibles à toutes les bourses. Pourtant, on voit bien qu’avec des “incroyables” talents naturels qu’il y a en Afrique, peu de volonté suffit pour que les sélections africaines puissent rêver de raffler même la coupe du monde.

Nous disons en définitive qu’en lieu et place d’exalter, la bonne qualité du football présentée par les équipes africaines durant la CAN 2024 doit interpeller les dirigeants sportifs africains. Plutôt que ça reste une “qualité importée”, il y a possibilité qu’on retrouve le même niveau dans les championnats africains.

Ainsi, au-delà des dividendes économiques que le continent peut engranger à l’heure et l’ère “du football business”, l’Afrique pourra même utiliser le football, dans le cadre de la “diplomatie sportive “, pour porter haut sa voix à l’international sur certaines questions d’ordre géostratégique.

Chronique de
Orly-Darel NGIAMBUKULU

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