Pendant cinq années, soit de 2021 à 2025, le gouvernement de la République démocratique du Congo a constamment violé la Loi relative aux finances publiques (LOFIP), notamment en matière de dépenses de rémunération des agents de l’État. C’est le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) qui le révèle dans la troisième édition de son étude intitulée Baromètre financier, publiée le 18 mars 2026. Cette étude est consacrée à une analyse critique des dépenses de rémunération des agents publics en RDC.
Selon cette étude, sur des prévisions de dépenses du personnel estimées à 16 milliards de dollars américains entre 2021 et 2025, le gouvernement a effectivement déboursé 18 milliards USD, soit un taux d’exécution de 111,56 %, représentant un dépassement de 1 961 303 973,18 USD.
« Pendant cinq années successives, le gouvernement a exécuté le budget en violation de la loi relative aux finances publiques qui, en son article 51, dispose que les crédits ouverts au titre des dépenses de personnel constituent un plafond pour ce type de dépenses », peut-on lire dans le document.
Pour le CREFDL, ce constat n’est pas nouveau. La Cour des comptes a déjà indiqué que le gouvernement dépasse régulièrement les crédits alloués aux rémunérations sans fournir de rapport explicatif lors du dépôt du projet de loi portant reddition des comptes.
L’organisation souligne également que, outre les articles 51 et 82 de la LOFIP, le gouvernement viole aussi l’article 38, qui stipule que ce type de dépenses ne peut être engagé ni ordonnancé au-delà des dotations budgétaires.
D’après l’étude, les dépenses du personnel sont passées de 2,75 milliards USD en 2021 à 4,581 milliards USD en 2025, soit une hausse de 39,97 %, équivalant à une augmentation de 1,83 milliard USD.
Sur la même période, la ligne « dépenses du personnel » a enregistré une croissance annuelle moyenne de 9,12 %.
Parallèlement, les effectifs des agents rémunérés par le Trésor public sont passés de 1 488 427 en 2021 à 1 518 276 en 2025, soit une augmentation de 2 %, correspondant à environ 29 850 agents supplémentaires.
Le rapprochement entre les effectifs et les dépenses révèle qu’en 2023 et 2025, les charges de rémunération ont fortement augmenté. Au total, en cinq ans, le gouvernement a rémunéré 7,41 millions d’agents pour un montant cumulé de 18,91 milliards USD.
L’analyse des dépenses exécutées par les ministères et les institutions entre 2021 et 2024 fait ressortir un dépassement global de 1 874 443 678,7 USD, réparti comme suit : 569 402 131,3 USD pour les institutions et 1 305 041 547 USD pour les ministères. Ces dépassements représentent respectivement 30,37 % et 69,62 %.
Le CREFDL dénonce également la violation des engagements pris par le gouvernement auprès du Fonds monétaire international (FMI), notamment en ce qui concerne la maîtrise de la masse salariale à 35 % des recettes internes.
L’étude précise que les prévisions des dépenses de rémunération pour l’exercice 2026 s’élèvent à 5,4 milliards USD pour un effectif estimé à 1,5 million d’agents. Elles représentent 39,19 % des recettes internes projetées, estimées à 14,1 milliards USD. Rapportées au PIB nominal (109,15 milliards USD), ces dépenses équivalent à 4,9 %, contre 4,6 % prévu dans le Cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) 2026-2028.
Selon le document, cette situation constitue un risque budgétaire, dans la mesure où les engagements avec le FMI prévoient un plafond d’environ 35 % des recettes internes.
Le gouvernement congolais est lui-même conscient des risques liés à cette non-maîtrise de la masse salariale. C’est ainsi que le ministère du Budget a relevé quelques risques dans le Cadre Budgétaire à Moyen Terme (CBMT) 2021-2028, mais aussi dans la Déclaration des Risques Budgétaires (DRB), en vue d’une gestion optimale des dépenses de rémunération.
Sur le plan socio-politique (2021-2023), le gouvernement a noté le risque lié à la prise en compte des grognes sociales en matière d’augmentation des enveloppes salariales au cours de l’exécution du budget, ce qui entraînerait une pression sur les dépenses de rémunération. Comme mesure d’atténuation, le CBMT a souligné la nécessité de ne pas autoriser de nouveaux barèmes en cours d’exécution du budget.
Quant au risque institutionnel (2022-2024), le gouvernement a attiré l’attention sur celui lié à l’évolution de la masse salariale. Il a recommandé de ne pas autoriser de nouveaux barèmes en cours d’exécution du budget et d’assainir le fichier de la paie, ce qui devrait dégager des marges à affecter notamment aux investissements publics.
Le même risque est observé pour la période 2024-2028. Le CBMT a, par ailleurs, plaidé pour l’amélioration de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), la poursuite du recensement biométrique en vue d’assainir la base de données des fonctionnaires de l’État, la poursuite des mises à la retraite afin de libérer des postes d’emploi, ainsi que le respect de la politique salariale des agents publics et fonctionnaires de l’État arrêtée dans le budget.
Pour le CREFDL, la non-maîtrise de la masse salariale exerce une pression significative sur le budget de l’État. Les conclusions des audits et enquêtes judiciaires menés par les organes de contrôle confirment la nécessité d’une gestion plus rigoureuse et durable des dépenses de rémunération.
Rédaction








