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Culture : l’UNIKIN rend hommage à Yves Valentin Mudimbe

Des professeurs de l’Université de Kinshasa ont scruté, ce mardi 17 juin aux installations de cette Alma mater, certaines œuvres littéraires de l’écrivain et philosophe congolais Valentin Yves Mudimbe, décédé le 22 avril 2025 en terre américaine (États-Unis d’Amérique).

En partenariat avec la faculté des Lettres et Sciences humaines, cette activité a été organisée par l’Association Voix de la colline, une structure basée dans l’industrie culturelle et créative, à l’initiative de Grâce Kiyombo, responsable de ladite structure, et opératrice du secteur.

Cette messe scientifique a porté sur le thème “Penser l’Afrique, écrire le monde”, une occasion pour plusieurs orateurs d’explorer l’immense sphère littéraire riche de l’écrivain Valentin-Yves Mudimbe.

Parmi les intervenants, le professeur Makolo Musuasua. Il parle de Mudimbe comme un grand esprit, une grande figure de la littérature congolaise d’expression française, un homme d’équilibre corps-esprit.

“C’est une figure de proue de la littérature congolaise d’expression française. Il a une multiplicité de casquettes, au point que l’on est embarrassé quand il faut parler de lui. On se demande quelle est la casquette dont il faut parler, laquelle prendre”, a-t-il déclaré en introduction de son intervention.

L’homme dans une époque tumultueuse !

Le professeur Makolo, s’est appesanti avant tout sur le personnage littéraire de Mudimbe, et ce, en revenant sur son fascinant parcours.

“Je voudrais m’intéresser à l’homme, cet homme m’a fortement fasciné. Aussitôt que je l’ai connu, en 1972, je l’ai eu comme professeur. Mais l’homme est fascinant. Il me donnait toujours l’impression d’un être qui avait su, je ne sais par quel miracle, équilibrer le corps et l’esprit. Il avait un équilibre et une sérénité qui étonnaient.”, relate le professeur Makolo.

Et d’ajouter :

“Il est né à Likasi le 8 décembre 1941, à Likasi, alors Jadot ville. Sa naissance avait coïncidé avec le jour de l’immaculée conception. D’un père d’origine Songye, et d’une mère d’origine Luba. Il est l’aîné de la famille. Son père était ajusteur à Jadot ville, actuellement Likasi. Il a fait son école primaire dans les écoles des bénédictins, et avant de terminer l’école primaire, il s’est orienté vers le Petit séminaire. Au niveau des Humanités, Mudimbe va s’intéresser aux études classiques, mais, l’historiographie dit qu’il n’est pas allé au-delà de la 3e année. Mais, cet homme, va commencer, à 19 ans, à travailler au lieu de service de son père, en tant qu’ouvrier à l’Union minière de Haut-Katanga (actuellement Gecamines). Et puis il passera par le noviciat prorata. Il sera attiré par les études universitaires. Mudimbe s’est présenté au jury central, il a été reçu, à l’époque vous pourriez ou ne pas avoir le diplôme d’Etat, mais si vous réussissez au jury central, vous entrez à l’université. Il avait réussi. Et il était entré à l’université. Un fait marquant, sa passion pour la lecture. Elle date du temps des études au Petit séminaire. Il a été initié à la lecture par les bénédictins.”

Le professeur Makolo n’a pas manqué l’occasion d’évoquer ce qui a impulsé le bain de l’écrivain Mudimbe en écriture.

“Il a lu les grandes biographies, comme celle de Vincent de Paul, on l’initié à la littérature en général, aux auteurs grecs et latins. Lorsqu’il entre à l’université, il faut de brillantes études. Il est solitaire, mais actif pourtant. Il publiait dans Congo Afrique et Culture. Il fait un mémoire qui était remarqué sur «Les variations grammaticales des mots français issus du latin». Il a été retenu comme assistant. En 1964, il fera sa thèse à Louvain. Mais c’est déjà quelqu’un qui s’intéresse à l’écriture. Qui réagit déjà à certaines prises de positions. L’Afrique est très présente dans ses préoccupations, il a des positions tranchées vis-à-vis de la colonisation”., a rapporté le professeur Makolo Musuasua.

En seconde partie de son exposé, le professeur Musuasua a exploré les différentes époques marquantes de la vie de Valentin-Yves Mudimbe, de ses débuts en écriture jusqu’à l’ère où il a été porté au sommet de la gloire, au point de devenir une référence en littérature congolaise d’expression française.

Mudimbe, une lampe luisante.

Quant au professeur Ngoma Binda, un autre intervenant, s’est remémoré sa rencontre avec Mudimbe, à l’occasion de son mémoire, travail de fin d’études en Licence, suivant l’ancien système éducatif de l’enseignement supérieur.

“J’étais son assistant pendant trois ans. Comment je suis arrivé auprès de lui ? Lorsque je fais mon mémoire en Philosophie, et que je le termine, il apprend que quelqu’un fait un travail sur l’herméneutique, et il me fera chercher. J’arrive auprès de lui, il me dit : remettez-moi votre mémoire, et revenez le lendemain. Le lendemain, il me dit 2 choses : vous avez fait un mémoire parfait, vous n’avez pas de faute. Il me pose la question de savoir si j’avais fait quelles études secondaires ? Je lui ai répondu que j’avais fait des études gréco-latines. Il était très heureux. Il avait aussi fait des études gréco-latines au Petit séminaire. Deuxième chose, il me dit : votre travail d’herméneutique va précisément dans le sens de ce que nous faisons, nous voulons faire ici un centre. Il venait de créer le centre international de sémiologie à Lubumbashi, dans le cadre du congrès international des études africaines avec monseigneur Tshibangu, comme le président de tout le congrès mondial. Il venait de créer le centre qui devrait servir de secrétariat à ce congrès-là, parce que Mudimbe était le secrétaire général.”, déclare Ngoma Binda.

Comme son prédécesseur, il est revenu sur certaines œuvres littéraires de cet illustre auteur congolais, en s’attelant sur le fait de l’immense personnage qu’incarne Valentin Yves Mudimbe.

“Mudimbe laisse une écriture métissée”

Pour sa part, le professeur Okolo Okonda s’est appesanti autour de la thématique “V.-Y. Mudimbe Lalibido scribendi : l’écart et l’écartèlement”, au cours de laquelle il a analysé 3 œuvres, celles publiées en 1973, 1976 et 1979, respectivement Entre les eaux, Dieu impétré à la révolution et Le demi-monde et l’écart. Dans la première œuvre, Mudimbe établit une distance entre vis-à-vis de la religion. Le professeur Okolo indique que “Mudimbe laisse une écriture métissée”.

Notons qu’il y a eu, au cours de cette activité, une lecture spectacle d’une œuvre de Mudimbe, intitulée Invention de l’Afrique, qui a duré environ une trentaine de minutes.

Youss Shukrani

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