Dans le Grand Katanga, le secteur de l’exploitation minière artisanale traverse une zone de turbulence qui menace à la fois l’économie nationale et la crédibilité de l’État congolais. Plusieurs usines locales de traitement de minerais sont accusées d’exporter illégalement des produits miniers artisanaux stratégiques — notamment le cobalt — en contournant l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), pourtant détentrice du monopole légal sur cette activité.
Violation flagrante de la loi
Ces pratiques constituent une infraction aux décrets n°19/15 et 19/16 du 5 novembre 2019, qui réservent exclusivement à l’EGC l’achat, le traitement et la commercialisation des minerais stratégiques issus de l’exploitation artisanale. En dépit de ce cadre juridique clair, de nombreuses entreprises continuent d’exporter du cobalt artisanal en toute illégalité, souvent à destination de grands groupes de négoce internationaux. Ces derniers revendent ensuite le produit aux fabricants de batteries, notamment pour l’industrie automobile électrique.
Cette situation prive la République démocratique du Congo d’importantes recettes fiscales et ternit son image sur le marché mondial des minerais dits « propres ».

La DGDA monte au créneau
Face à ce désordre, la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) a récemment engagé une procédure de mise en demeure contre plusieurs usines de traitement opérant dans le Grand Katanga. Une décision saluée par la société civile, qui appelle le Président Félix Tshisekedi et la Première ministre Judith Suminwa Tuluka à faire appliquer la loi dans toute sa rigueur.
« Il faut des sanctions exemplaires, voire le retrait pur et simple des licences d’exploitation », plaide un observateur local, rappelant que ces pratiques illégales ont des conséquences sociales dramatiques.
Un enjeu social et économique majeur
Derrière ces chiffres se cachent les vies de plus de 500 000 creuseurs artisanaux et de près de 5 millions de bénéficiaires directs. Ces Congolais dépendent de la filière du cobalt pour leur survie. Pourtant, ils restent les premiers perdants d’un système minier opaque, miné par la corruption, les transactions en espèces et l’absence de contrôle effectif de l’État.
Des sites miniers sans statut légal, des effondrements mortels à répétition, un SAEMAPE débordé, un CEEC infiltré et une ARECOMS neutralisée : le secteur artisanal évolue dans un chaos organisé dont profitent quelques acteurs puissants, souvent liés à des intérêts étrangers.

Réactions en chaîne
La décision de la DGDA n’a pas manqué de provoquer des remous. La Fédération des entreprises du Congo (FEC), au niveau provincial, a adressé un courrier à l’EGC pour tenter de justifier le contournement de cette dernière, invoquant des arguments qualifiés de « fallacieux » par l’entreprise publique.
En réponse, l’EGC a rappelé le cadre légal en vigueur et a mis en copie la Présidence de la République, le Ministère du Portefeuille, l’Inspection Générale des Finances (IGF) et d’autres institutions concernées.
L’IGF et le ministère du Portefeuille ont appuyé la position de l’EGC, exhortant les usines du Katanga à se conformer strictement aux décrets de 2019. Ces deux institutions ont également félicité la DGDA pour sa fermeté, encourageant la poursuite de la lutte contre les exportations illégales de minerais artisanaux.
L’EGC en pleine restructuration
Créée pour assainir la filière du cobalt artisanal, l’EGC a longtemps été marginalisée. Mais l’entreprise se réorganise. Une nouvelle dynamique s’est enclenchée, axée sur la traçabilité, la transparence, et l’amélioration des conditions de travail des creuseurs. L’objectif : garantir une exploitation responsable conforme aux standards internationaux.
« L’EGC n’est pas une coquille vide, elle se modernise et renforce ses capacités », confie une source proche du dossier.

Vers un retour à l’ordre
Le gouvernement congolais semble désormais décidé à reprendre la main. Sur instruction du Président Tshisekedi, plusieurs services de sécurité ont ouvert des enquêtes pour identifier les réseaux impliqués dans ces exportations illégales.
Des signaux positifs apparaissent :
- La restructuration de l’EGC,
- Le renforcement du rôle de l’ARECOMS, qui a récemment limité les exportations de cobalt à des quotas stricts,
- Et la remontée des cours mondiaux de ce métal stratégique grâce à une meilleure régulation.
Cette reprise en main ouvre une fenêtre d’espoir pour un secteur minier plus équitable et plus transparent, capable de générer des revenus justes pour l’État et les communautés locales.
Un dossier à suivre de près
Cependant, certains observateurs redoutent que le dossier DGDA soit progressivement enterré.
« Le silence autour de cette affaire est inquiétant. Qui a intérêt à ce qu’on n’en parle plus ? », s’interroge un creuseur interrogé à Kolwezi.
La question reste ouverte. Mais une chose est sûre : le redressement du secteur artisanal du cobalt sera un test crucial pour la crédibilité du gouvernement congolais et la souveraineté économique du pays.
Rédaction








