Le professeur Émile Bongeli qualifie la République démocratique du Congo d’un “État sorcier”. Il l’a dit ce samedi 7 décembre au cours d’une conférence organisée à l’Université de Kinshasa par le département des Sciences politiques et administratives, en collaboration avec la structure Café politique.
En effet, pour cet éminent professeur en Sciences politiques à l’Université de Kinshasa, la République démocratique du Congo fonctionne “sous le mode de l’imitation”, du fait de l’héritage politique colonial de la Belgique.
“L’État congolais actuel n’est qu’une survivance dégénérée, gangrénée de l’État léopoldien, dont la nature originelle repose sur l’illégalité.”, a-t-il déclaré.

Le professeur Émile Bongeli a souligné que la République démocratique du Congo est un État sorcier du fait de l’idéologie de Léopold II à l’époque coloniale.
“L’État congolais est un État sorcier à partir de Léopold II. Les visions de Léopold II c’étaient des visions sorcières. Le sorcier c’est celui qui apporte le malheur, qui fait le mal. Notre État est sorcier dès sa naissance.”, indique-t-il.
Et de poursuivre :
“Aujourd’hui, toutes les décisions qui se prennent par l’État sont des décisions contre-productives. Chaque fois que l’on prétend arranger quelque chose, on l’aggrave. Prenons le cas des embouteillages : j’ai quitté de chez moi à 8 heures, et j’arrive ici à 11 heures. Tout ceci parce que l’on veut arranger les embouteillages, on crée des nouvelles lois qui ne marchent pas.”
Par conséquent, cette situation affecte la population en général : les citoyens adoptent des stratégies compromettantes pour s’assurer de leur survie.

“D’où, si l’on regarde de près tout ce que l’on fait, le salaire que l’on paye, le salaire de misère, de sorte que chaque fois qu’un fonctionnaire de l’État occupe un poste, il s’en sert, il vampirise son poste : vous voulez voir le chef, il faudrait payer de l’argent au préalable. Chacun de nous travaille pour soi. Comme l’État est sorcier, les citoyens pour survivre, ils doivent contrer la sorcellerie de l’État, en montant des stratégies toutes aussi sorcières que l’État : chacun de nous doit commettre au moins 5 infractions par jour pour survivre. Soit vous corrompez, vous insultez, vous trichez, etc.[…] chaque fois que l’État prend une mesure, les agents de l’État en profite pour se servir, et les autres citoyens aussi montent des stratégies sorcières pour faire face à la sorcellerie de l’État”, soutient le professeur Emile Bongeli.
D’autre part, ce scientifique estime que cela a conduit à un “embrouillement total, un pays anomique, sans repères, sans vision, sans valeur […] chacun a developpé l’intelligence de la poule, un oiseau qui ne vole pas. Elle cherche la nourriture, dormir et le sexe”.
Pour pallier cette situation, ce professeur préconise de recréer l’État, d’“exorciser l’État : il faudrait réfléchir sur comment donner à l’État une vision contraire à la simple exploitation. Une vision qui puisse faire de l’État un promoteur du bonheur de la communauté.”
Dans la foulée, il a recommandé à l’assistance de s’instruire par des ouvrages rédigés par des savants et chercheurs congolais en raison de l’adéquation de leur contenu avec la réalité congolaise.
“Toutes les théories écrites par les occidentaux concernant les Congolais sont fausses à 50 % destinées à nous maintenir dans cet état[…] au lieu de lire n’importe quel auteur occidental, lisez vos professeurs parce que ce que nous écrivons, nous le tirons de l’expérience de notre pays.”, a-t-il déclaré en conclusion.
Notons, cette conférence avait pour thème : “Fondements de l’État et du pouvoir en RDC : analyses socio-politiques et historico-juridiques”.
Youss Shukrani








