Dans un communiqué publié ce lundi 25 août 2025, l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a vertement critiqué la conduite du procès de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, estimant qu’il s’agit d’« une nouvelle occasion historique manquée de rompre avec la culture d’impunité » qui mine la République Démocratique du Congo depuis l’indépendance.
Sans se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de l’ex-chef de l’État, l’ODEP souligne que ce procès aurait dû constituer un tournant décisif pour établir une jurisprudence exemplaire. Or, selon cette plateforme de la société civile, la justice congolaise a réduit les débats à la question de la nationalité de Joseph Kabila, écartant des crimes politiques, humains et économiques pourtant documentés.
L’organisation estime que concentrer l’essentiel des débats sur la nationalité du prévenu est « futile et indigne de l’importance d’un tel procès », alors que des crimes graves et des scandales financiers auraient dû être examinés.
Des scandales financiers écartés
L’ODEP cite notamment les révélations de Congo Hold-Up, enquête internationale qui a exposé un vaste système de prédation orchestré autour de la BGFI Bank RDC. Entre 2013 et 2018, pas moins de 138 millions USD auraient été détournés via la société Sud Oil, domiciliée à l’adresse personnelle de Francis Selemani, frère adoptif de Joseph Kabila.
Ces fonds publics, provenant de la Banque centrale, de la DGDA, de la DGI, de la Présidence et d’entreprises publiques, auraient ensuite transité par des circuits offshore vers l’étranger. L’absence de ces éléments dans le procès constitue, selon l’ODEP, un manquement grave.
Des crimes humains passés sous silence
Au-delà des détournements financiers, plusieurs violations graves des droits humains sous le régime Kabila n’ont pas été abordées, parmi lesquelles l’assassinat de l’activiste Floribert Chebeya ; les répressions violentes des mouvements citoyens et manifestations pacifiques ; des exécutions extrajudiciaires à caractère politique.
Pour l’ODEP, cette omission illustre la persistance d’une « justice sélective et politisée ». Cette plateforme de la société civile considère que ce procès aurait dû constituer une leçon d’histoire et un avertissement clair : « désormais, aucun dirigeant, quel qu’il soit, ne saurait échapper à la justice ».
Une continuité de l’impunité
Selon l’ODEP, ce procès s’inscrit dans une longue tradition d’absence de justice, depuis l’assassinat de Patrice Lumumba sous Kasa-Vubu, les massacres de l’ère Mobutu, jusqu’à la « Révolution-Pardon » de Laurent-Désiré Kabila en 1997, qui avait effacé les crimes du mobutisme.
Recommandations de l’ODEP
Face à ce constat, l’organisation formule plusieurs recommandations :
1. Institutionnaliser un audit post-mandat présidentiel, conduit par des instances indépendantes et internationales, afin d’examiner systématiquement les crimes humains, politiques et financiers commis sous chaque régime ;
2. Mettre en place une justice exemplaire et impartiale, basée sur des faits documentés et visant aussi bien les dirigeants que leurs complices ;
3. Instaurer un précédent institutionnel de redevabilité, incluant l’abrogation de la loi portant statut et protection des anciens Chefs d’État, jugée comme un outil d’impunité.
Molimo








