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RDC : la rencontre entre Francis Ekonji et Ghassan Abdoul soulève des soupçons ( Tribune)

La justice congolaise est-elle toujours malade ? Poser une question, c’est déjà y répondre, dit-on. Parmi les maux qui rongent la justice congolaise, il n’y a pas que la difficulté d’avoir un jugement juste et équitable. Encore faut-il arriver à faire exécuter ce jugement.

C’est là où beaucoup de justiciables rencontrent des difficultés. Aux magouilles observées dans les greffes d’exécution s’ajoute la susceptibilité des huissiers de justice ( une profession libéralisée à tort ?). Avec les ingérences du ministre de la Justice la situation s’est empoisonnée davantage.

Réunis en mini-Assemblée générale le 23 juillet 2025, les huissiers de justice de la République démocratique du Congo avaient annoncé leur retrait de la commission mixte du ministère de la Justice chargée d’examiner certaines décisions judiciaires avant leur exécution. Une décision qui devait être formalisée par une circulaire de leur président, Me Francis Ekonji, mais qui n’a, jusqu’à ce jour, jamais été publiée.

Francis Ekonji au centre des critiques

À travers la voix de leur président, les huissiers avaient qualifié ladite commission « d’illégale » et acté leur retrait. Pourtant, l’absence d’actes officiels matérialisant cette décision suscite interrogations et soupçons au sein de la profession.

Selon plusieurs sources, Samuel Mbemba, alors ministre a.i. de la Justice, aurait proposé à Me Ekonji de prendre la tête de la commission en lieu et place de l’Inspecteur général des services judiciaires et pénitentiaires. Cette offre expliquerait, d’après certains confrères, les lenteurs observées dans la mise en œuvre effective du retrait.

De plus, des voix internes dénoncent l’attitude jugée autoritaire du président de la Chambre nationale. Il lui est reproché d’avoir bloqué des dossiers de certains confrères en refusant d’accorder un avis favorable via la commission. Pour ces raisons, plusieurs huissiers estiment qu’il devrait démissionner, non seulement pour avoir siégé dans une commission considérée comme illégale, mais aussi pour les actes posés dans ce cadre.

Un déjeuner qui interroge

La polémique a pris une nouvelle tournure après la diffusion, sur les réseaux sociaux, de clichés montrant Francis Ekonji en pleine discussion autour d’un repas avec l’homme d’affaires libanais Ghassan Hussein Abdoul Dakhlallah.

Si un simple déjeuner ne constitue pas en soi une infraction, c’est le contexte qui dérange. En effet, Ghassan Hussein est actuellement au cœur d’un litige foncier concernant une parcelle située au n°28 de l’avenue Haut-Commandement, dans la commune de la Gombe.

Bien que la parcelle soit occupée par l’homme d’affaires libanais, le ministère des Affaires foncières a annulé son certificat d’enregistrement, ouvrant la voie à son expulsion. L’exécution de cette décision relève justement d’un huissier de justice.

D’où la question qui agite les observateurs : cette rencontre relevait-elle du hasard ou visait-elle à influencer, voire bloquer, l’exécution de la décision du ministère ?

Qui est Ghassan Hussein Abdoul Dakhlallah ?

Installé en RDC depuis plus de quarante ans, Ghassan Hussein n’est pas un inconnu. Il est cité dans plusieurs litiges parcellaires, dont l’un l’oppose actuellement à la ressortissante chinoise Shen Yan Li et à l’homme d’affaires indien Rashid Patel.

Son nom est également apparu dans des affaires de spoliation, notamment celles liées aux jardins zoologique et botanique de Kinshasa. En 2011, il avait même été expulsé du territoire congolais pour trafic d’influence et activités qualifiées de « mafieuses ».

Une affaire qui retient l’attention

La rencontre entre Francis Ekonji et Ghassan Abdoul est désormais scrutée par les huissiers de justice, la société civile et les observateurs du monde judiciaire. Pour beaucoup, au-delà d’un simple différend procédural, ce sont l’intégrité de la profession d’huissier et la confiance des justiciables qui se trouvent en jeu.

Dossier à suivre…

Léon Kabengela, chercheur en Doits de l’homme

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