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RDC : Des Tutsi congolais accusent Charles Onana d’exacerber la haine ethnique contre eux et d’autres minorités congolaises

L’auteur Franco-Camerounais, Charles Onana, séjourne depuis quelques jours en RDC où il anime des conférences dans les institutions d’enseignement supérieur et universitaire autour de son livre : Holocauste au Congo.

Après avoir suivi la rethorique déployée à l’Université de Kinshasa, des intellectuels de la communauté Tusti de la RDC estiment que cet auteur est entrain, à travers ses conférences, “d’exacerber la haine ethnique, le rejet de l’autre et la légitimation de la remise en cause de la citoyenneté congolaise dont les membres de la minorité Tutsi congolaise sont déjà victimes depuis plusieurs années”.

Ils l’ont dit au cours d’une déclaration faite le mardi 19 mars 2024 à Kinshasa. Pour ce collectif constitué notamment de l’écrivain Basile Diatezwa, d’Enock Sebineza, ancien vice-ministre des Postes, télécommunications, d’Enock Ruberangabo Sebineza, du journaliste Belhar Mbuyi et de l’avocat Thomas Gamakolo, cet ouvrage constitue ni plus ni moins « une bible de la haine contre les Tutsi de la RDC ».

« En effet, la série de conférences de Charles Onana tournent autour de son dernier livre, Holocauste au Congo. Ce livre, nous l’avons démontré à plusieurs reprises, est un veritable bréviaire de la détestation des Tutsi, une Bible de la haine pour ceux qui ont fait de l’animosité à l’égard des Tutsi leur religion”, ont-ils écrit dans la déclaration.

Ce groupe fait savoir également que ce livre de Charles Onana est structuré autour de trois thèses, à savoir le déni de la nationalité congolaise des Banyamulenge ; l’imputation de manière globale de tous les crimes commis au Congo aux Banyamulenge et à leurs soutiens rwandais et les accusation des Banyamulenge d’être les auteurs d’un complot visant a détruire le Congo.

Ces intellectuels ont profité de l’occasion pour remettre en question les arguments avancés dans cet ouvrage par l’auteur qui, selon eux, reposent sur des mensonges, de l’ignorance et des tentatives de manipulation.

“Ces accusations ne reposent sur aucun argument sérieux de la part de l’auteur, et sont la conséquence d’un concentré de mensonges, de l’ignorance et de la volonté de manipulation de la part M. Onana”, ont-ils affirmé.

Ils soulignent notamment que le déni de la nationalité des Tutsi congolais est basé sur une interprétation sélective de l’ordonnance de 1971 signée par le président Mobutu, et que les documents sur lesquels se base M. Onana sont des faux ou des théories du complot sans fondement.

Par ailleurs, ce groupe exprime sa crainte que les discours de Charles Onana ne sèment la haine et ne compromettent durablement la cohésion nationale en RDC.

Le collectif compare la situation actuelle en RDC à celle de la France anti-Dreyfusarde de la fin du XIXe siècle, où la haine envers les Juifs était largement répandue et considérée comme une expression du nationalisme.

“Ne nous voilons pas la face, la RDC traverse actuellement une situation semblable à celle de la France anti-Dreyfusarde de la fin du XIXème siècle où la haine des Juifs était un sentiment largement partagé et était même considéré comme le reflet du nationalisme. Déjà présente dans le pays après avoir été ressassée mille et une fois des décennies durant par Monsieur Honoré NGBANDA et ses suivants dans l’impunité générale, la haine des Tutsi a atteint des sommets en RDC actuellement”, ont souligné ces intellectuels.

Et de poursuivre : “Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a déjà reconnu l’existence et l’ampleur des discours de haine contre les Congolais tutsi et les a condamnés à plusieurs reprises. Il a appelé tout le monde, y compris les partenaires extérieurs, à les dénoncer”.

Le collectif se demande dès lors pourquoi Charles Onana a été invité à donner des conférences dans le pays et qui a soutenu sa tournée ? Ils s’interrogent également sur le fait que “le gouvernement congolais laisse impunément un propagateur de la haine, poursuivi dans son propre pays pour incitation à la haine raciale, briser davantage la cohésion nationale avec ses discours sulfureux”.

Avant de clore leur propos, ce collectif lance un appel à la solidarité envers le gouvernement congolais et les forces armées pour faire face à cette énième menace du M23 soutenu par le Rwanda. Ils demandent également aux médias et aux institutions d’enseignement supérieur de prendre leurs responsabilités en évitant de donner une tribune à des individus propagateurs de haine.

Charles Onana n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations. Cependant, dans le passé, il a souvent nié propager des discours de haine et soutenu que ses écrits étaient basés sur des recherches approfondies et des témoignages. Il a également affirmé défendre la vérité historique et dénoncer le genocide dont la RDC continue à être victime et qui n’est pas encore reconnu à ce jour comme il le fallait par la communauté internationale.

Tim

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